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To be or not to be

«Revers»,  «débâcle», «espoir», «Mas ne pourra pas le faire seul»… les unes des journaux affichaient des titres bien différents en Espagne et en Catalogne au lendemain des élections catalanes tenues le dimanche 25. Victoire ou défaite, selon le regard porté par les éditeurs et, surtout, selon l’idéologie de chaque groupe de presse. À l’occasion de ces élections anticipées, convoquées deux ans avant la fin de son mandat, le président du gouvernement Artur Mas avait demandé «une majorité exceptionnelle» pour mener à terme son projet indépendantiste. La plupart des sondages avaient pronostiqué un victoire nette du parti nationaliste Convergència i Unió (la CiU, la droite catalane), et l’essor de la deuxième force politique,  le parti de gauche indépendantiste Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), piloté par Oriol Junqueras.

Transporté par la participation historique lors de la manifestation du 11 septembre à Barcelone, qui a réuni 1,5 millions de personnes à l’occasion de la célébration de la fête nationale catalane, le gouvernement catalan s’est dit que c’était maintenant ou jamais. Il n’a pas tardé à convoquer des élections législatives dont le résultat conditionnerait la célébration d’un référendum sur l’autodétermination de la Catalogne. Il fallait pour cela une grande majorité, d’après les propres paroles d’Artur Mas (CiU) dont le parti a obtenu finalement 50 députés, nettement en dessous de la majorité écrasante à laquelle il s’attendait. En ajoutant les 21 représentants obtenus par l’ERC, les deux partis indépendantistes ont obtenu 71 députés sur un total de 135, donc la majorité absolue. Si l’ERC a fait un très bon score, la CiU s’attendait à obtenir un résultat bien meilleur (les sondages attribuaient à la coalition de centre-droite entre 56 et 62 députés). Cela lui aurait donné la force morale nécessaire pour convoquer le référendum pour l’indépendance déjouant les menaces de représailles lancées par la droite du Parti populaire (PP).

Pour que le référendum pour l’indépendance ait lieu, il faudra que le mariage de convenance entre le CiU et l’ERC tienne la route au delà des premières déclarations d’intentions, en définitive, que les partenaires s’acceptent tels qu’ils sont : d’une part, le CiU (le parti nationaliste de droite qui n’a pas hésité à voter avec le PP en février la réforme du travail); de l’autre, l’ERC (le parti républicain et indépendantiste de la gauche catalane) qui s’est montré fort critique vis-à-vis des mesures d’austérité adoptées et qui ne veut pas entendre parler de nouvelles coupes budgétaires, notamment sur le plan social. Sans oublier le CUP (parti radical de gauche) qui s’est aussi déclaré en faveur de l’indépendance de la Catalogne. Ces élections qui ont eu un taux de participation record de 69,5%, auront une place d’honneur dans l’histoire de la démocratie catalane. Aussi, la plupart des 150 000 catalans résidant à l’étranger ne vont jamais oublier qu’ils n’ont pas pu exercer librement et démocratiquement leur droit de vote à cause des entraves administratives dont ils responsabilisent les ambassades espagnoles –les bulletins de vote ne sont pas arrivés à temps. Inouï mais vrai, le Moyen Âge en plein XXIe siècle.  Si cela peut arriver, tout est possible, même l’indépendance de la Catalogne.

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